Historique de la pratique

Reconnue spécialité au Québec en 1999, la médecine d'urgence a connu des avancées importantes ces dernières années, tout en demeurant confrontée à des défis complexes. 

La reconnaissance est survenue tardivement, avec vingt ans de retard sur le reste de l'Amérique, déjà acceptée en 1979 aux États-Unis et en 1982 au Canada. Aux États-Unis, on compte d'ailleurs plus de 20 000 urgentologues. Paradoxalement, l'une des plus anciennes résidences nord-américaines avait été fondée en 1972 à l'Université McGill. Excellent programme du Collège royal, on y a diplômé une part importante des spécialistes en médecine d'urgence canadiens et plusieurs des leaders du domaine. Depuis le début des années 2000, trois des quatre facultés de médecine québécoises offrent la formation. Bien que les programmes aient chacun des capacités d’accueil plus importantes, on ne leur accorde annuellement que 2-3 postes de résidence chacun, malgré la pénurie. Un des objectifs de l’ASMUQ est de favoriser un rehaussement des postes de résidence en médecine d’urgence.

En plus de former des résidents pour la certification en médecine d'urgence spécialisée, les membres de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec (ASMUQ) sont aussi actifs dans la formation des résidents du programme de médecine familiale, incluant les résidents effectuant la formation complémentaire de médecine d'urgence et auprès des externes lors du stage obligatoire en médecine d'urgence.

Les spécialistes en médecine d'urgence, actuellement près de 200, se concentraient historiquement dans les milieux urbains universitaires les plus lourds de même que dans les activités cliniques et paracliniques connexes à la médecine d'urgence. Ils se sont déployés dans plusieurs centres régionaux d'importance dans les dernières années. Ils sont d'abord des cliniciens experts de la prise en charge de la phase urgente de conditions variées.  Ils exécutent également plusieurs techniques diagnostiques et thérapeutiques liées à ces conditions. L'urgentologue ignorant parfois tout du patient qui se présente à lui, doit être à l'affût de toute information clinique susceptible de l'orienter dans sa démarche clinique, qui débute par la réanimation et la stabilisation des fonctions vitales, se poursuit par l'investigation et le traitement et se termine par l'orientation finale du patient. C'est une médecine où tout se passe rapidement et où les décisions cliniques les plus complexes sont souvent basées sur des informations fragmentaires, où des traitements sont entrepris sur la base de syndromes partiels et où la technologie d'investigation et la qualité des gestes techniques jouent un rôle primordial. Les impacts de chaque décision peuvent être majeurs pour le patient.

Au terme de ces phases cruciales de soins, le patient ayant été stabilisé puis traité, le spécialiste en médecine d'urgence décide, pour chaque patient pris en charge, de son orientation vers une hospitalisation ou un congé. Au besoin, le support apprécié de consultants de d'autres spécialités permet de pousser la démarche diagnostique ou thérapeutique. L'urgentologue doit développer une grande habileté pour ces décisions d'orientation, parfois difficiles, de même que dans l'évaluation du risque propre à chaque présentation clinique.

Au-delà de la pratique clinique à l'urgence, leur expertise et leur formation les amènent par ailleurs à consacrer un temps et une énergie substantiels aux activités cliniques et médico-administratives touchant l'organisation des urgences et la pratique des différentes surspécialités de la médecine d'urgence.

On les retrouve en effet à la direction et dans les activités de coordination de la plupart des grandes urgences universitaires et des centres régionaux d'importance, au sein du réseau préhospitalier, comme directeurs médicaux, chercheurs et formateurs, dans les programmes de traumatologie, en toxicologie au Centre antipoison du Québec, au cœur du transport aéroporté québécois. Un certain nombre d'entre eux sont aussi impliqués en médecine hyperbare, en médecine de sinistre ou dans le rôle de « Trauma Team Leader » dans les centres de traumatologie tertiaires. Certains sont également actifs sur les unités des soins intensifs. Ils ont aussi participé à la mise en place des unités d'hospitalisation de courte durée dans différents hôpitaux. Enfin, un peu partout dans le réseau, ils contribuent à façonner l'organisation de la réponse aux urgences dans tous ses aspects.

Des activités de recherche importantes sont actives en médecine d'urgence. Des équipes de recherche sur les urgences sont notamment subventionnées par le programme spécial du FRSQ sur les urgences, l'une s'attardant surtout à la recherche organisationnelle liée au fonctionnement hospitalier et la congestion, l'autre davantage aux liens entre l'urgence et le réseau de soins. Plusieurs formations complémentaires sont offertes. Nous avons quelques membres consacrant plus de 50 % de leurs activités à la recherche.

Toutes ces activités ont un point commun : elles sont en lien avec des aspects cliniques, organisationnels, en recherche ou en enseignement avec les pratiques d'urgence, qu'elles se situent ou non à l'intérieur des départements d'urgence. Telle est la vocation transversale des spécialistes en médecine d'urgence.

La congestion des départements d'urgence par les patients en attente de lits d'hospitalisation est toujours le principal obstacle à un plein épanouissement de la pratique académique et clinique de la médecine d'urgence. Depuis le Forum des urgences de 1999, la compréhension des causes a fait des bonds importants, permettant à plusieurs hôpitaux, surtout urbains, d'améliorer la situation grâce à un travail de fond dans l'hôpital, avec toutes les spécialités, en lien avec le réseau. La raréfaction des lits de courte durée, le vieillissement de la population, la pénurie des médecins et des infirmières et la rareté des ressources ont contrecarré plusieurs efforts, surtout dans les milieux de moyenne taille en bordure des régions urbaines, où la congestion et le temps d'attente se sont aggravés dernièrement. Nos membres travaillent activement avec les différents paliers administratifs et ministériels pour continuellement à améliorer les soins offerts à la population québécoise.

La spécialité de médecine d'urgence, transversale, est en lien, dans les hôpitaux et dans les différents champs qu'elle occupe, avec la plupart des autres spécialités médicales et chirurgicales, essentiellement dans la phase aiguë de problèmes graves pouvant causer la mort ou des séquelles irréversibles. C'est donc par une collaboration étroite, aussi souhaitable qu'essentielle, avec les autres spécialistes, que les médecins d'urgence peuvent assurer une prise en charge globale efficace des patients affectés par une urgence vitale.

L’ASMUQ, en pleine collaboration avec les diverses instances impliquées en santé au Québec, donne régulièrement son opinion pour divers sujets touchant les soins d’urgence, la pratique professionnelle et l’organisation du système de santé au Québec. Elle contribue à l’élaboration de diverses lignes directrices et de positions scientifiques pour les soins aux patients. Les spécialistes en médecine d'urgence sont fiers de participer à l'essor de la médecine spécialisée et de la médecine d’urgence au Québec et dans le monde.